Au-delà des déceptions et frustrations suscitées par les incidents de la finale de la CAN 2025, la décision de la CAF de retirer la coupe au Sénégal, ainsi que celle d’organiser désormais la compétition tous les quatre
ans, constituent, à mon sens, une épine dans la timide marche du panafricanisme.
Car la CAN est aujourd’hui bien plus qu’une compétition de football. Elle est l’un des rares moments où l’Afrique se regarde elle-même autrement. Pour les Africains comme pour le reste du monde, elle offre une
opportunité unique de percevoir le continent comme une entité unifiée, ou du moins en marche vers l’unification.
Pendant cet événement, l’Afrique cesse d’être réduite à ses fractures. Elle apparaît comme un continent de talents, capable de rivaliser avec les meilleurs au monde. Certes, chaque équipe veut gagner. Mais, au-delà du
trophée, il y a quelque chose de plus fort : le fair-play et ce sentiment profond d’africanité. On reproche souvent à la CEDEAO d’être un club de chefs d’État. La CAN, elle, appartient aux peuples. Elle rassemble, elle mobilise, elle ne laisse personne indifférent. Elle crée ce sentiment de togetherness qui dépasse les frontières. Elle met en lumière une jeunesse africaine dynamique, engagée, et pleine de potentiel, qu’elle soit sur le continent ou dans la diaspora.
Justement, la diaspora joue un rôle central. Lorsqu’un enfant d’immigrés, né ailleurs, choisit de représenter le pays d’origine de ses parents, il envoie un message fort. Un message d’espoir. Ce phénomène existe dans d’autres domaines, mais la CAN lui donne une visibilité et une portée symbolique particulières. Elle agit comme un appel silencieux à la diaspora : celui de participer à la construction de l’Afrique de demain.
C’est dans ce contexte que les événements survenus au Maroc sont, à mon sens, plus que regrettables. Ils posent une vraie question : sommes-nous capables de dépasser les gains à court terme pour préserver des intérêts plus profonds et durables ?
Les désaccords existeront toujours, surtout dans le sport. Mais tout dépend de la manière dont ils sont gérés. Le Maroc a exercé un droit en saisissant la CAF. Cela ne se discute pas. En revanche, la décision de la CAF, si elle satisfait certains, agit comme une épine dans le pied de l’Afrique.
L’Afrique qui dansait au matin du 21 décembre 2025 se retrouve aujourd’hui à boiter, en route vers le Tribunal arbitral du sport (TAS). Elle peut en sortir triste mais grandie — si le droit est dit avec justesse. Sinon, elle risque de s’enfoncer davantage. Et certains diront, peut-être à juste titre : « Ah, l’Afrique… encore l’Afrique. »
Au fond, la CAN fonctionne comme un compte bancaire : on y fait des dépôts et des retraits. Lorsque les retraits dépassent les dépôts, le solde devient négatif. Dans le cas contraire, il devient porteur d’espoir. Le but du jeu est de faire en sorte que ce solde reste positif. Car c’est de cela que dépend, en partie, la continuité de notre longue marche vers l’unité.
Et le panafricanisme vaincra.
Amadou Bamba Niang
Économiste –Observateur des dynamiques africaines
Amadou Bamba Niang est économiste engagé sur les questions africaines.
Ses réflexions portent sur le panafricanisme, la gouvernance, le leadership et le rôle de la jeunesse dans le
développement du continent.