ACTU SENEGAL

[focus] Expansion De L’aquaculture Alimentée Par La Farine De Poisson : Une Nouvelle Menace Pour Les Revenus Des Millions D’africains [focus] Expansion De L’aquaculture Alimentée Par La Farine De Poisson : Une Nouvelle Menace Pour Les Revenus Des Millions D’africains

Single Post
Aquaculture et la farine de poisson

L’aquaculture est en marée haute alors que la pêche de capture est en eaux troubles. Les chiffres parlent. En 2020, la production d’animaux aquatiques a atteint 87,5 millions de tonnes, soit 6% de plus qu’en 2018. Inversement à cette progression, la pêche de capture a chuté de 90, 3 millions de tonnes, soit un recul de 4 % par rapport à la moyenne de ces trois dernières années. L’aquaculture alimentée par l’usage abusif de la farine et de l’huile de poisson est l’une des plus grandes menaces qui pèse sur la source de vie et de revenus des millions de personnes dans le monde notamment des communautés côtières d’Afrique. Pourtant l’aquaculture est aussi une réponse à la rareté des ressources halieutiques. 


Le temps a donné raison aux scientifiques, notamment aux spécialistes de biodiversité marine. Depuis, les années 70, comme une vague qui roule vers le rivage, ils ont vu la cote d’alerte arriver. L’homme a abusé des prélèvements sur les stocks halieutiques sur tous les continents. Aujourd’hui, les derniers sanctuaires des ressources halieutiques qui nourrissent le reste de la planète sont aussi menacés. Le fond marin s’est appauvri. Après avoir détruit les pêcheries, les pays pilleurs des ressources halieutiques ont jeté leur dévolu sur l’aquaculture, une réponse à la rareté du poisson. 

« L’aquaculture durable serait complémentaire aux activités des pêcheurs parce que la pêche est confrontée à beaucoup de difficultés : baisse de la productivité, raréfaction des ressources due à beaucoup de paramètres, surexploitation, changement climatique, la pêche INN, entre autres », énumère Dr Téning Sène, Directrice générale de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA). 

 

Les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), sur la production aquacole mondiale a atteint des niveaux records. Les quantités de poissons issues de l’aquaculture ont connu une progression de 30 % entre 2020 et 2000 et plus de 60 % si l’on compare aux années 1990. 

L’aquaculture suscite tous les espoirs alors que toutes les modélisations s’accordent sur la rareté voire l’effondrement des stocks. Au point que la Fao a fait de l’aquaculture une parade avec son rapport publié en 2022 intitulé : « vers une transformation bleue ». L’institution donne un quitus à l’intensification et l’expansion de l’aquaculture durable afin de satisfaire la demande mondiale d’aliments aquatiques. Les raisons sont simples : l’aquaculture reste la principale source de la protéine animale dans le monde. En 2020, plus de 157 millions de tonnes,  89% de la production d’animaux aquatiques étaient destinés à la consommation humaine directe, soit une légère augmentation par rapport à 2018. Selon Francisco Mari, de l’Ong allemande Pain pour le monde : « l’aquaculture a apporté dans notre Pays des produits comme les crevettes, les saumons, les dorades parce que les flottes européennes industrielles ont diminué l’approvisionnement des poissons mais là base de l’aquaculture industrielle reste la farine de poissons ». 

 

 

Une explosion sous l’autel de la destruction des pêcheries 

 

En 2020, les pays asiatiques représentaient 70 % de la production mondiale d’animaux aquatiques dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, suivis des pays des Amériques, de l’Europe, de l’Afrique et de l’Océanie. Cette expansion voire une explosion se fait au détriment des pêcheries traditionnelles. Les fonds marins sont raclés pour alimenter l’élevage de poissons. Sous cet angle, l’aquaculture est une menace qui plane sur l’activité principale des communautés côtières. D’ailleurs, la Confédération Africaine des Organisations Professionnelles de la Pêche Artisanale (CAOPA) rame à contre-courant de la promotion de l’aquaculture alimentée par la surpêche et la pêche illégale et illicite. « Nourrir les poissons de l’aquaculture industrielle avec la farine provenant des poissons sauvages est un modèle industriel qui aggrave la surpêche et l’insécurité alimentaire en Afrique. Nos sardinelles, en état de surexploitation, sont transformées en farine et en huile pour l’exportation. Ces productions sont souvent utilisées pour nourrir des poissons d’aquaculture en Norvège, en Chine ou en Turquie », a rapporté Gaoussou Guèye, Président de la Confédération Africaine des Organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA). 

Aujourd’hui, beaucoup d’organisations pensent qu’il est possible de changer de cap. C’est ce que rapporte, Francisco Mari, de l’Ong allemande Pain Pour le monde. Il informe que la Norvège qui est l’un des plus grands producteurs de saumon est en train de voir s’il existe d’autres bases de protéines qui peuvent nourrir les poissons.

 » A notre avis, il n’y a pas de nécessité pour les européens d’utiliser la farine de poisson comme base de l’aquaculture. Nous avons assez de protéines surtout par l’élevage », explique Francisco Mari. 

 

Interdire l’aquaculture à base de farine de poisson 

 

Mieux, il préconise une réduction du recours à la farine de poisson ou tout simplement son interdiction dans l’aquaculture.  « Il faut réduire ou interdire la production d’aquaculture à base de farine de poisson parce que nous avons des produits de luxe qui n’ont pas besoin à la base de la nourriture. Nous mangeons indirectement des poissons , des gens pauvres en Afrique par notre aquaculture. C’est la raison pour laquelle nous soutenons tous les efforts du gouvernement mais des professionnels ici pour arrêter cette forme d’aquaculture », a défendu Francisco Mari. 

 

  Une aquaculture durable 

 

Comme ce dernier, le docteur Téning Sène pense qu’il est bien possible de pratiquer l’aquaculture sans porter préjudice aux pêcheries. « L’aquaculture peut être pratiquée de manière durable, de façon à ce qu’elle ne menace pas la pêche artisanale. Les acteurs de la pêche adoptent le développement de l’aquaculture et voudraient bien utiliser l’aquaculture comme une activité alternative mais à condition que cette aquaculture soit durable et ne menace pas la productivité ou l’activité de la pêche artisanale », a fait savoir Dr Sène, directrice de l’Agence nationale de l’aquaculture. 

 

Aujourd’hui, la constance et la tendance restent cette progression de l’aquaculture en comparaison avec la pêche de captureEn 2020, la production d’animaux aquatiques s’est établie à 87,5 millions de tonnes, soit 6% de plus qu’en 2018. En revanche, la production de la pêche de capture est tombée à 90,3 millions de tonnes, ce qui représente un recul de 4 % par rapport à la moyenne des trois dernières années.

La consommation devrait atteindre en moyenne 21,4 kg par habitant en 2030, principalement sous l’effet de la hausse des revenus, de l’urbanisation, des modifications apportées aux pratiques après récolte/capture et aux pratiques de distribution, et de l’évolution des tendances alimentaires vers une meilleure santé et une meilleure nutrition. 

La production totale d’animaux aquatiques devrait atteindre 202 millions de tonnes en 2030. Cette augmentation serait liée à une croissance soutenue de la production aquacole, laquelle devrait franchir le cap des 100 millions de tonnes pour la première fois en 2027, puis atteindre 106 millions de tonnes en 2030.

Dr Téning Sène, Directrice de l’Agence Nationale de l’Aquaculture (ANA)

 

« Il ne faut pas que les produits destinés aux pêcheurs et aux femmes soient utilisés par les usines de farine de poisson »  

 

La Directrice de l’Agence nationale de l’Aquaculture (ANA), Téning Sène propose des pistes d’atténuation de la pression sur les ressources halieutiques. La spécialiste pense que les usines de farine et d’huile de poisson peuvent valoriser les déchets de poisson pour en faire de la farine.

 

« L’autre aspect, c’était également de récupérer les résidus de produits de pêche non vendus.  On les utilise pour les intégrer dans la farine de poisson. Là où cela pose problème, c’est quand le produit destiné à la consommation est utilisé pour faire de la farine de poisson. On est conscient qu’il faudrait que l’Etat réglemente ces usines afin qu’elles n’utilisent pas les produits destinés aux pêcheurs et aux femmes transformatrices », a préconisé Dr Sène. Elle a donné l’exemple d’autres pays qui utilisent le ver de farine, un insecte riche en protéines. 

 

« Il est possible de transformer des abats de volaille en farine.  Le Tilapia, l’espèce la plus produite est omnivore et peut se nourrir de végétaux donc des produits agricoles. La tendance mondiale est de remplacer la farine de poisson par les farines végétales. En plus, la farine de poisson que nous utilisons au niveau local est une farine de déchets issus des usines de pêche », a renseigné Dr Téning Sène. 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page